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LINDA BABA AÏSSA : une sage femme qui porte le monde dans ses bras.

La sage-femme exerce une profession médicale aux compétences clairement établies. Dotée d’un pouvoir de diagnostic et d’un droit de prescription, elle assure un accompagnement global de la santé des femmes tout au long de leur vie : de la grossesse au suivi gynécologique de prévention. Son expertise dépasse largement le cadre de la maternité. Investie dans des missions de prévention et de santé publique, notamment en matière de vaccination et d’éducation à la santé, elle est aujourd’hui une actrice incontournable du système de soins.

Linda Baba Aïssa – sage femme / Photo ©Charlène Draoui
Et un jour une femme / Florent pagny

UNE VOCATION

Petite, Linda ressent un attrait certain pour la médecine. À huit ans, elle joue déjà à la docteure, dissèque des cloportes dans le jardin familial, transforme une gomme blanche en tampon d’ordonnance. Son frère quant à lui, endosse le rôle d’ambulancier, il nourrit sans le savoir cet imaginaire du soin et de l’urgence. Elle se souvient de l’odeur si particulière des hôpitaux qu’elle visite et qui, contre toute attente, lui donnait des « papillons dans le ventre ».


« Toute vocation commence par l’admiration. »

Michel Tournier



Et puis, il y a cette tante dont la profession est sage-femme. Elle mesure 1,55 mètres mais cette taille est insignifiante quand on songe à l’infinie grandeur de sa rigueur et de sa bienveillance. Aujourd’hui encore, Linda considère cette femme comme un véritable modèle.
Le choix s’impose alors comme une évidence, elle veut devenir sage-femme ! Un métier où l’humain est placé au premier plan, où l’on tisse des liens qui impact inévitablement la vie des autres. Elle suit ses études à Lyon, on lui enseigne entre-autres choses, la spécificité du corps, son fonctionnement, l’accouchement, sa physiologie et les protocoles de soins.

Le métier de sage-femme consiste à assurer le suivi médical de la future mère et du fœtus, préparer le couple à l’accouchement et à la parentalité, elle fait appel, si besoin, à des médecins, des psychologues ou des travailleurs sociaux.
De la magie qui entoure la naissance aux angoisses des parturientes, en passant par l’organisation rigoureuse du travail hospitalier, les plannings et la responsabilité qui pèse sur chaque professionnel, le métier de sage-femme requiert autant de savoir que de qualités humaines
et de maîtrise de soi.

LIND : LA DOUCEUR

L’allaitement a démontré un effet protecteur contre diverses infections infantiles telles que les infections respiratoires et l’otite moyenne. Il contribue également à réduire le risque d’asthme, de plusieurs maladies du tractus gastro-intestinal, de syndrome de mort subite du nourrisson, de certains cancers et de mortalité infantile. Par ailleurs, il favorise également le développement cognitif des enfants.
Chez la mère, l’allaitement a un effet protecteur contre le diabète de type 2, diverses maladies cardiovasculaires, et les cancers du sein, des ovaires et de l’endomètre
.


Consciente des bienfaits de l’allaitement, Linda se forme et obtient un DIU en lactation humaine et allaitement maternel puis devient consultante en allaitement dans l’enceinte de l’Hôpital Privé des Côtes – d’Armor. Cette professionnelle de santé aide la femme à se replacer au centre de sa maternité dans une bulle de confort.



Dans le cadre des ateliers qu’elle anime, les futurs parents trouvent des réponses concrètes : les bienfaits de l’allaitement, la manière de pratiquer les premières tétées et la façon de dissiper la peur de mal faire.

An-Nur : être une lumière quand tout vacille

Dans ce métier, on est parfois confronté à l’insoutenable. Linda évoque le souvenir de Émeline et de son bébé mort-né.

« J’ai gardé une posture professionnelle, je n’ai pas versé de larmes mais qu’intérieurement j’étais bouleversée. »

Quatorze ans plus tard, lors d’un ciné-débat consacré au deuil périnatal dans la ville de Saint-Brieuc, Émeline et Linda se croisent de nouveau, comme un heureux coup du destin. À l’issue de la projection, Émeline, pourtant de nature réservée, empoigne le micro et prend la parole. Elle raconte son histoire et mentionne le soutien indéfectible de la sage-femme au moment de cette tragédie. Les mots sont forts et poignants. Pour Linda, cette reconnaissance lui fait prendre conscience une fois de plus, que la fonction qu’elle a choisi a un réel impact psychologique et émotionnel sur les patients.

Dans la majeure partie des cas, une grossesse est synonyme de bonne nouvelle. Mais si elle est indéniablement une source de joie, elle s’accompagne parfois d’un certain nombre d’angoisses et d’incertitudes.Trop souvent minimisée, parfois idéalisée, elle peut être traversée de doutes, de
fatigue, de solitude, voire de détresse.

Avec le temps, un constat s’impose : les difficultés psychologiques, sociales, les diagnostics anténataux, la pression de la parentalité « performante » pèsent de plus en plus lourd sur les familles. Les injonctions et les discours contradictoires ajoutent parfois de la confusion là où il faudrait surtout de la douceur et de la clarté.

Linda a la volonté d’approfondir cette dimension essentielle du lien mère-enfant, convaincue que le soutien émotionnel et médical revêt une importance capitale.

Une compréhension globale pour un accompagnement absolu du post-partum. Chaque mot, chaque geste compte, il s’agit de bâtir un espace privé soutenant les parents.

En 2024, Linda intègre une équipe pluridisciplinaire composée d’une kinésithérapeute, d’une assistante sociale, d’une psychologue et d’une diététicienne. HDJ post-natale vise à accompagner les mères dans la période du post-partum, en abordant à la fois les aspects médicaux, émotionnels et pratiques. À l’hôpital Privé des Côtes d’ Armor, l’ hospitalisation de jour est un environnement de soutien mutuel et de collaboration qui renforce la qualité des soins et l’expérience des patients.

Au préalable, l’état émotionnel et psychologique de la patiente sont gradués suivant l’échelle de dépression post partum d’Edimbourg. À leur arrivée, la maman et son bébé ( si il le souhaite, le conjoint peut les accompagner ) sont chaleureusement accueillis puis, confortablement installés dans une chambre privée.

En France, la dépression du post-partum touche 10 à 15 % des mères. Cette pathologie peut avoir des conséquences sur la santé de la mère, du bébé et sur le lien d’attachement. La dépression du post-partum se manifeste dans les 6 premières semaines pour la majorité des femmes, mais peut également survenir entre le 9ᵉ et le 15ᵉ mois après la naissance. 

Après la naissance, le corps traverse une phase hormonale instable. La chute des oestrogènes, l’augmentation de la prolactine et la fluctuation de l’ocytocine influencent directement le niveau d’énergie. De plus, l’organisme utilise entre 500 et 700 calories par jour pour fabriquer le lait maternel, cette dépense énergétique explique très largement la sensation de fatigue physique et émotionnelle.

Reconnaître cette charge mentale, émotionnelle et existentielle, est déjà un premier soin.
L’équipe pluridisciplinaire se concerte pour définir la suite à donner. En fonction des besoins identifiés, les parents peuvent être orientés vers un professionnel de santé.
Au delà d’un défi personnel enrichissant, il s’agit d’un enjeu de santé publique.

Une femme de coeur

« En faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d’en faire autant. » Nelson Mandela

Linda Baba Aïssa – sage-femme

La parole et le regard de Linda rassurent. D’où puise-t-elle cette générosité, ce dévouement à l’autre, cet élan compulsif du cœur ?

Les parents de Linda sont des modèles de bienveillance et de générosité. De cette enfance où tendre la main allait de soi, elle y a puisé l’essentiel, comme induit dans son l’ADN. À ses côtés, il y a son époux Athmane, qu’elle décrit comme son pilier. Ensemble, ils ont fondé une famille, un socle solide ou les enfants sont chéris, un espace où l’on se soutient.
Linda, avec sa vision intime de la femme, et surtout son essence de femme, participe aux mêmes combats que ses parturientes. Elle a connu la grossesse, l’accouchement, le post-partum. Elle sait, dans son corps et dans sa chair, ce qu’elles vivent : la douleur, l’épuisement, les émotions contradictoires. Cela donne à son écoute une justesse rare.


Linda Baba Aïssa a hérité d’une culture où l’on accueille avant de juger, où l’on écoute avant de répondre, où l’on prend soin des autres comme on prend soin des siens. Sa bienveillance a quelque chose de profondément méditerranéen : généreuse, enveloppante, attentive aux silences autant qu’aux mots. Linda Baba Aïssa œuvre pour aider les femmes à passer d’un lien qui enferme à celui qui libère.

Devise : Aider les autres !
Coin favori en Bretagne : Perros-Guirec

Merci Linda Baba Aïssa